Équipe pro masculine

Grégory Lacombe, entre le cours napoléon et le stade de La Mosson

Dix ans après son départ du domaine de Grammont, l’ancien Ajaccien et Montpelliérain revient sur son parcours et nous livre ses anecdotes, alors que les deux clubs s’affrontent mercredi soir à La Mosson. Le tout avec un sourire et un côté entraînant qui ont toujours fait partie intégrante de sa personnalité si attachante

En juin dernier, cela a fait 10 ans que Grégory Lacombe a quitté Montpellier… Mais au moment de préparer ce MHSC – AC Ajaccio, son nom est presqu’apparu comme un évidence tant il a souvent brillé dans les confrontations entre les deux clubs et apporté de belles choses à chacun d’eux.

Formé à l’AS Monaco, dont il était l’un des plus solides espoirs, ‘’Greg’’ avait débarqué une première fois à Ajaccio il y a tout juste 20 ans, en juillet 2002, alors que le club insulaire était promu en Ligue 1. « L’AS Monaco voulait que je gagne du temps de jeu et l’entraîneur corse, Rolland Courbis, fait appel à moi et me propose ce challenge, se souvient Grégory. A l’époque, j’étais en apprentissage, je découvrais encore le milieu professionnel. C’était ma première expérience en-dehors de mon club formateur, ce qui est forcément particulier. Quand j’arrive à Ajaccio, tout est différent, notamment au niveau des infrastructures. Tu sais aussi que tu joues le maintien, un objectif différent de ce que j’avais connu à Monaco. En revanche j’ai découvert une équipe avec des mecs géniaux. » Une équipe « de dingues » comme il la définit lui-même, où figuraient notamment Xavier Collin, Yohan Démont, Laurent Morachini, David Terrier, Nasser Ouaddah ou bien encore Bruno Rodriguez. Décisif d’entrée, le natif d’Albi inscrit alors 5 buts en 26 matchs de Ligue 1 dont un face à Montpellier à La Mosson le 29 janvier 2003. Un but lourd de conséquences puisqu’au soir de cette 24ème journée, les Pailladins pointent à la dernière place du championnat, à 8 unités d’Ajaccio, alors 1er non relégable. Heureusement, l’histoire se terminera bien puisque les deux clubs se sauveront à l’issue de cette saison marquée par une remontada pailladine et le célèbre voyage à Lourdes à vélo de Gérard Bernardet et Pascal Baills… Mais c’est pour une autre raison que Grégory Lacombe se souvient précisément de ce but inscrit à La Mosson :


« Mes parents étaient dans les tribunes ce soir-là. C’est la première fois que ma mère venait me voir jouer et je crois d’ailleurs que c’est l’une des seules fois où elle venue, raconte-t-il. À la fin du match, je retrouve mon père, il me félicite et me dit : ‘‘Bon, on file aux urgences. Ta mère était tellement contente qu’elle a fait un malaise quand tu as marqué et elle est tombée dans les tribunes’’. Rien de grave mais autant vous dire que je m’en souviens comme si c’était hier » (sourire).

Côté terrain, à l’issue d’un prêt concluant en Corse, Grégory Lacombe se retrouve à la croisée des chemins : « L’AC Ajaccio et notamment Dominique Bijotat (qui avait succédé à Rolland Courbis sur le banc) souhaitaient que je reste mais, d’un autre côté, l’entraîneur monégasque Didier Deschamps me dit que je ne pars pas dans les premiers choix, que la concurrence va être rude mais il me propose d’attaquer la préparation avec Monaco en me disant que j’aurais peut-être la possibilité de jouer, raconte Greg. De mon côté, j’avais pris goût à jouer justement, je me sentais chez moi à Ajaccio, je sentais que je faisais partie des chouchous du public, je connaissais tout le monde…. Après avoir longtemps hésité, j’ai finalement décidé de rester en Corse. Je ne regrette aucun de mes choix de carrière mais avec du recul, je me dis que j’ai peut-être choisi la facilité. J’aurais peut-être dû attendre de voir ce qui aurait pu se passer avec Monaco si j’étais resté là-bas, d’autant qu’ils font la finale de la Ligue des Champions un an plus tard (défaite contre le FC Porto en mai 2004 NDLR), et que ma saison à Ajaccio ne s’est pas forcément passée comme je l’avais imaginée… »

Une relation particulière s’est immédiatement créée avec les supporters ainsi qu’avec
la famille Nicollin

Revenu à Monaco puis passé ensuite par le club portugais du Vitoria Sétubal, Grégory Lacombe retrouve ensuite l’ACA et brille à nouveau lors du succès des Ajacciens à La Mosson le 8 décembre 2006, où il délivre une passe décisive. Quelques semaines plus tard son téléphone sonne : Rolland Courbis, qui a repris le MHSC pour tenter de le sauver d’une relégation en National, lui propose de le rejoindre dans l’Hérault en cas de maintien. « Plus je regardais les matchs de Montpellier à la télé, plus je me demandais comment ils allaient s’en sortir… Et finalement, tout s’est bien terminé. »
Voilà donc Grégory Lacombe officiellement première recrue du mercato estival montpelliérain. Nous sommes en juin 2007 et l’ancien Monégasque symbolise les nouvelles ambitions orange et bleues où on ne parle plus de maintien mais de montée, en même temps qu’un nouvel état d’esprit s’installe : le MHSC ne tremble plus, il renait, il rît, et l’humour et le côté jovial de Grégory Lacombe font d’emblée l’unanimité au sein du club. Comme souvent avec le personnage d’ailleurs, son aventure montpelliéraine a commencé par une anecdote assez savoureuse : « J’étais en vacances chez mes parents à Albi et j’avais acheté une nouvelle voiture. Je pars le matin pour arriver à temps au premier rassemblement ; Je m’arrête à une pompe à essence, je sors et un automobiliste m’éclate la portière en passant à côté de moi, sourit l’ancien international espoir…. J’ai dû finir le trajet sans portière ! Je me souviens d’avoir appelé Nenad Džodić, avec qui j’avais joué Ajaccio, pour lui demander comment on rejoignait le centre d’entraînement et je m’étais garé bien au fond du parking pour qu’on ne me voit pas ! » (éclat de rire)
Sur le terrain, l’adaptation est ultra rapide. Grégory Lacombe inscrit 4 buts sur les 6 premières journées dont un penalty qui permet aux Pailladins de battre Ajaccio 1-0 à La Mosson. « Je me suis immédiatement senti chez moi à Montpellier ; j’étais comme à la maison, se souvient-il. En plus, j’ai réussi à marquer des buts rapidement et à être décisif. Ça m’a rappelé mes débuts à Ajaccio d’ailleurs. Une relation particulière s’est aussi immédiatement créée avec les supporters ainsi qu’avec la famille Nicollin. C’est aussi cette famille et cette affection qui ont fait que je suis resté autant de temps à Montpellier. »

Je pense que ce but dans le derby contre Nîmes  a été un des points culminants de mon histoire d’amour avec le MHSC et ses supporters

Après une première saison pleine (34 matchs, 6 buts), Grégory joue un tout petit peu moins lors de l’exercice suivant (26 matchs), mais inscrit tout de même 3 buts dont un à Ajaccio juste avant Noël (succès 3-0 des Pailladins), et un autre, inoubliable, qui avait permis au MHSC d’égaliser dans le Derby contre Nîmes à La Mosson. Un but qui vaut de l’or et qui reste encore plus dans l’histoire puisque Grégory l’avait inscrit… de la tête, du haut de son mètre 64. « Je pense que ce but-là a été un des points culminants de mon histoire d’amour avec le MHSC et ses supporters, explique-il dans un large sourire. Je revois aussi cette image du Président Louis Nicollin qui m’attendait les bras grands ouverts à l’entrée du vestiaire. C’était un moment extraordinaire. » Un moment fabuleux suivi d’un autre quelques semaines plus tard avec ce match de la remontée contre Strasbourg, lors de l’ultime journée : « Cette saison est vraiment passée trop vite, mais ce dernier match restera à jamais gravé dans ma mémoire. Cette chaleur étouffante, cette ferveur incroyable… Je me souviens aussi d’avoir été dans le tunnel juste à la sortie de l’échauffement et d’avoir croisé le regard de certains Strasbourgeois dont celui du capitaine Renaud Cohade, qui était blanc comme un linge.  Même si ça peut paraitre facile de dire ça aujourd’hui, j’avais le sentiment qu’on ne pouvait pas perdre ce match, vu l’ambiance extraordinaire qui régnait au stade. »
La saison suivante, Grégory Lacombe a ensuite vu son temps de jeu fondre comme neige au soleil… et c’est depuis le banc qu’il a assisté au sacre hexagonal du MHSC à Auxerre en 2012 : « C’était un moment difficile et j’ai forcément un goût d’inachevé quand j’en reparle, avoue-t-il. J’en ai souvent discuté avec René Girard. Je me souviens d’avoir fait quelques belles apparitions en Coupe et notamment d’un doublé contre Lens, mais je n’ai pas eu l’opportunité de jouer parce que l’équipe tournait très bien et que la stratégie du coach était de ne pas chambouler une équipe qui gagne. J’étais pris dans cette superbe dynamique, j’étais forcément très heureux pour mes coéquipiers mais je n’ai pas pu m’éclater autant que je l’aurais voulu. Je n’en veux à personne mais ça reste un manque. Quoi qu’il en soit, c’était vraiment un groupe magnifique. Ce qu’on a vécu ensemble c’est extraordinaire. A ce titre, c’était vraiment génial de se retrouver au Mas pour les 10 ans du titre. On a beaucoup rigolé, on s’est raconté beaucoup d’anecdotes et le fait de retrouver le public dans le cadre de ce tour d’honneur était quelque chose de très émouvant. »

Le mhsc, c’est la famille

Parti du MHSC à l’été 2012, Grégory Lacombe savait à ce moment précis « qu’en quittant Montpellier, ça sentait la fin pour moi au haut niveau, pas parce que je ne pouvais plus jouer mais parce que, pour des raisons personnelles, le mental ne suivait plus trop, explique celui qui est aujourd’hui âgé de 41 ans. À Montpellier, les gens savaient comment me gérer, me sortir la tête de l’eau, me motiver ou me laisser me reposer. Je savais pertinemment que ce serait difficile de retrouver un tel contexte ailleurs, pour ne pas dire impossible. »
Rentré sur Albi après avoir définitivement raccroché les crampons en 2014, il a ensuite monté un complexe de Futsal Sport Bar où il était possible de regarder les matchs de Ligue 1 et de Ligue des Champions, avant de devenir, il y a 3 ans, responsable d’une concession automobile. S’il avoue moins suivre l’actualité du ballon rond que par le passé, Greg Lacombe regardera cependant avec attention la rencontre de ce soir : « L’AC Ajaccio est un club qui m’a beaucoup fait grandir, qui m’a permis de devenir international espoir, j’y ai vécu des moments magnifiques. Quant au MHSC, c’est la famille » dit-il, la voix paralysée par l’émotion lorsqu’on évoque la disparition de Louis Nicollin « Même 5 ans après, c’est encore très dur pour moi d’en parler », avoue-il.


Son dernier message s’adresse au Président Laurent Nicollin et aux supporters pailladins : « Concernant Laurent, je lui dirai de se servir justement de ce qu’a montré son père. Je me doute que ce n’est pas évident, qu’il n’est pas Loulou évidemment, mais il est Laurent et c’est très bien comme ça. Il fait du très bon boulot, il est bien accompagné et je suis très heureux de ce qu’il réalise aujourd’hui. Je lui souhaite de tout mon cœur de connaître à nouveau ce que nous avons connu ensemble en 2012, conclut-il. Concernant les supporters, il faudrait un peu plus de quelques lignes pour dire tout ce que j’ai ressenti en portant ce maillot, devant l’affection des supporters à mon égard et les émotions que j’ai vécues avec eux. Je leur souhaite de continuer à supporter à fond leur équipe car, quand on est à Montpellier, le soutien du public est vraiment primordial. Je m’en suis rendu compte quand j’y jouais puisqu’ils ont su ‘’mettre le feu’’ lors de matchs capitaux comme ce fut le cas lors de ce fameux match à Strasbourg… » Que de bons souvenirs…

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