
Abdelhamid El Kaoutari : « On avait tous le même délire »
Comme chaque semaine, nous partons à la rencontre d’un champion de France 2012 pour fêter les 10 ans du titre et évoquer un match de cette saison si particulière. Aujourd'hui, Abdelhamid El Kaoutari revient sur la rencontre épique du 17 mars 2012 lors de laquelle MHSC se déplaçait à Nancy, club ou Abdé évolue aujourd'hui, ainsi que sur la saison des Pailladins dans son ensemble. Un moment forcément particulier et teinté d’émotion pour cet enfant du club pailladin
LE MATCH à NANCY

Abdé, en premier lieu, quel souvenir gardes-tu de cette défaite à Nancy (0-1), club ou tu évolues, aujourd'hui 10 ans plus tard ?
C'était un match pas comme les autres ! Je me souviens d'une rencontre compliquée, sur un terrain synthétique, ce qui était particulier. On avait d'ailleurs perdu nos deux matchs sur cette surface cette saison-là en championnat ; à Nancy mais aussi à Lorient quelques semaines plus tard. Ça ne nous souriait pas trop. On ne va pas se chercher d'excuses, mais je peux vous garantir pour jouer à Nancy aujourd'hui qu’un 17 mars en Lorraine, il fait encore très froid (sourire) ! Je me souviens que Vitorino Hilton s'était fait expulser à la 43e minute, juste avant la mi-temps, que Benjamin Stambouli avait aussi écopé d'un carton rouge à la 60e. On avait pris un but trois minutes plus tard (63e), et, en étant à neuf contre 11, c'était beaucoup trop compliqué de revenir. De mon côté, j'étais rentré juste au moment de l'expulsion de Benjamin pour passer en défense. Quand je vous dis que c'était particulier, c'était vraiment particulier. On va être franc, ce n’était vraiment pas le meilleur souvenir de la saison (sourire).
Pour autant, malgré la défaite, on ne sentait pas de panique dans le groupe après la rencontre…
Non, parce que le groupe était cohérent. Ça nous avait mis un coup sur la tête au coup de sifflet final dans le vestiaire, mais après, le scénario était tellement improbable, qu’on s’est vite dit qu'il fallait se remettre dedans et que ce n'était peut-être qu'une péripétie. Je ne vais pas réinventer le football en disant qu'un match reste un match. Le contexte était particulier, le déroulement du match aussi… Je reviens une nouvelle fois sur le synthétique : Tout l'hiver à Nancy, on s’entraîne sur cette surface, à Montpellier ce n'est pas le cas et quand tu joues une semaine sur deux sur cette surface, tu y es forcément plus habitué, c'est indéniable. Ce n'est pas une excuse mais ça fait partie des paramètres dont il faut tenir compte.
LA SAISON

Pour revenir sur la saison plus globalement, tu n'étais pas souvent titulaire mais tu rentrais régulièrement. Comment vivais-tu ce statut-là ?
J'ai disputé 5 matchs de championnat cette année-là. Avec le recul, quand tu vois la défense en béton qu'on avait avec Mapou (Yanga-Mbiwa), Vito (Hilton), Henri (Bedimo) et Garry (Bocaly), même si je pouvais sur le papier jouer à la place des trois premiers puisque j'étais polyvalent, qu'est-ce que vous vouliez que je dise vu les performances qu'ils faisaient tous les quatre ? Il fallait juste se taire et continuer à bosser, c'est tout. Il fallait juste travailler jusqu'à ce que mon tour arrive. Ce n'était pas toujours évident, je ne vais pas mentir, mais au final, cette saison du titre reste tout de même un souvenir exceptionnel.
Quand tu rentrais, que ce soit à gauche dans l'axe, on ne sentait pas de peur particulière de ta part…
Je voulais absolument jouer moi aussi, ce qui est normal. Alors, même si c'était difficile de bouger une telle défense, chaque minute de jeu que l'on me donnait, j'essayais d'être le meilleur possible. Je profitais de chaque entrée, de chaque fois où Vito devait souffler, des matchs en semaine aussi, pour me donner à fond et montrer au coach qu'il pouvait compter sur moi.

Quelle est la première image qui te vient à l'esprit quand on évoque la saison du titre ?
Le final à Auxerre reste forcément un souvenir particulier parce que c'est le match du sacre, parce qu'après la fête a été énorme dans le vestiaire et avec les supporters aussi le lendemain ; mais je pense tout de même d'abord au match contre Lille, une semaine avant à La Mosson. Ce match-là était vraiment intense. On savait que si on gagnait-là, on avait fait 90 % du chemin et, surtout, que la qualification en Ligue des Champions était mathématiquement acquise au soir de cette victoire contre les Nordistes. Après, on savait aussi qu'il fallait à tout prix chercher un point à Auxerre parce que Paris ne lâcherait rien jusqu'au bout et certainement pas lors du dernier match. Lille, pour moi, est un peu plus particulier parce que c'était à la maison, l’ambiance était extraordinaire, le scénario était fabuleux aussi… C’était très dur, ça poussait, jusqu'à cette fin en apothéose. Quand je vois l'appel en profondeur d'Olivier Giroud qui donne tout ce qu'il a, résiste à la charge de Chedjou, qu'il déborde et centre avec ce ballon qui passe hors de portée de Landreau… et Karim (Aït-Fana) qui tape le sprint de sa vie pour être là au bon moment et pousser le ballon au fond des filets, c'était magique !

Tu étais sur le banc lors de cette fameuse action. Comment l'as-tu vécue ?
C'était magnifique ! Je revois seconde par seconde cet appel en profondeur d'Olivier et sa lutte avec Chedjou (qui, en plus n'était pas le défenseur le plus facile à bouger). Je le revois encore passer devant au dernier moment et faire cette passe extérieur du pied… Je ne sais même pas comment il a l'idée de faire ce geste-là à ce moment précis du match, après une telle course. C'était énorme ! Sur ce duel là, tout le banc s'est levé, on a commencé à y croire, c'était impressionnant. On voyait l'action se dérouler, on n’attendait que ça, qu'Olivier arrive à passer et que Karim soit servi au second poteau. Dès l’instant où j’ai vu le regard d‘Olivier qui avait vu l’appel de Karim, je me suis dit qu'il allait le faire. Bon… pendant deux secondes, j’ai eu peur que Karim la loupe ! (éclat de rire). Ces ballons-là paraissent tellement faciles vus de l'extérieur que… J'ai été en stress jusqu'à la fin, mais heureusement, Karim techniquement c'était quelque chose. On va dire qu'il avait ses lentilles ce jour-là, ça va ! (Rires).

Quelle était la force de cette équipe selon toi ?
La force de cette équipe, c'est que tout le monde avait envie, tout le monde avait de grosses qualités mais tout le monde voulait le prouver et le prouver de la bonne manière. En début de saison, on ne s’en n’est pas forcément compte mais cette année-là, on avait une équipe… c'était vraiment quelque chose ! Que ce soient les titulaires les plus réguliers ou les remplaçants, le groupe était vraiment complet dans tous les secteurs. On avait une seule envie, c'était de gagner tous nos matchs. Parfois, ça n'a pas été facile ; on a même souvent gagné 1-0. Parfois, quand on devait faire 0-0, on gagnait 1-0 ; on arrivait à arracher un point quand on devait perdre… Il y a des petits signes comme ça… On savait que dans n'importe quel poste, celui qui rentrait allait amener une plus-value. On ne se disait pas : « Lui, il n'est pas là, ça va être dur » ; On se disait : « Il n'est pas là mais on a lui qui est capable de faire la différence aussi ». Chacun avait sa place à jouer, sa place à gagner, quelque chose à apporter au groupe, quelque chose à prouver et c'est ce qui nous a amené au bout. René Girard avait aussi son caractère mais quand tu as des joueurs qui ont le niveau et qui sont sur le banc, ce n'est pas facile à gérer… et je trouve qu'il a bien géré le groupe.

Quels souvenirs gardes-tu du match d’Auxerre et de la fête du lendemain ?
Au coup de sifflet final, il y a d’abord des larmes de joie. Ce n'était que du bonheur ! La fête au Mas Saint-Gabriel, le périple en bus jusqu'à la Comédie… Je pensais qu'il y aurait du monde mais à aucun moment je ne m'étais imaginé qu'il y en aurait autant. C'était incroyable et magique. On savait qu'on n’allait pas vivre souvent un moment comme celui-là, alors on a essayé d'en profiter à fond. On n’oubliait pas qu'on était Montpellier, et que même si nous étions un bon club de Ligue 1, ce n'était pas tous les jours qu'on arriverait à tenir tête au PSG ; encore plus avec les moyens des Qataris. Il fallait vraiment profiter du moment. Honnêtement c'était un véritable exploit et, notre chance, c'était d’en avoir conscience. On a vraiment vécu ce moment à fond. Le fait qu’on s’entendait tous très bien dans le groupe n'a fait que décupler ce plaisir. Cette entente est d'ailleurs pour moi un des facteurs-clés de notre titre de champion.
DU CENTRE DE FORMATION AU TITRE DE CHAMPION

Etre champion avec le club de sa ville natale, ça fait quoi ?
C'est énorme ! Je suis chez moi, dans ma ville, avec ma famille et mes amis, je fais ce que j'aime ; quelques années avant, j’avais gagné la coupe Gambardella…. C’était top, mais de là à remporter le titre… Dans le groupe, on était comme des frères ; pour une majeure partie d'entre nous, on avait grandi ensemble, les cadres du groupe étaient extraordinaires avec nous. Qu'est-ce que tu voulais de plus ? Quels que soient nos âges, on avait tous le même délire et ça, c'était génial !
Tu es aussi le seul membre de la génération 90 qui a joué des matchs deux ans plus tôt lors de l'année la remontée…
Ça aussi c'était très fort. Le soir du match contre Strasbourg à la maison, je n'étais pas dans le groupe, j'étais en tribune et j'étais en transe. Je transpirais de partout, mes mains étaient moites… Il nous fallait absolument gagner, alors que Strasbourg n'avait besoin que d'un match nul. Le stade était plein et parvenir à décrocher la victoire et la montée devant son public, c'était unique ! Je me souviens des supporters qui avaient envahi le terrain, du coach Rolland Courbis qui avait du mal à respirer au milieu de cette foule mais qui était aussi tellement heureux, comme nous ! C'était un truc de malade ! Magnifique ! Même dans le vestiaire à la fin du match, c’était énorme.
Quand on te dit que ce titre de champion de France a déjà 10 ans…
Je me dis que le temps passe très, très vite. J'ai des souvenirs en tête comme si c'était hier. C’était un truc de fou. Ce qui est certain, c'est que mon attachement au MHSC est toujours intact. Je suis toujours Montpellier ; c'est ma ville, c'est mon club et ça restera toujours comme ça (sourires).

Si tu avais un message pour le Président et des supporters, quel serait-il ?
Concernant les supporters, je voudrai tout simplement qu'ils sachent que je regarde tous les matchs du club, je suis toujours à leurs côtés, même si je suis loin géographiquement. Je voudrais remercier tous les supporters pailladins pour ce qu’ils ont donné, ce qu’ils nous ont apportés et ce qu’ils nous ont fait vivre. Sans eux, les matchs n’auraient pas été les mêmes. Ils ont toujours été là, dans les bons comme dans les mauvais moments. Ils ont aussi une part importante dans ce titre. Il fut un temps où je m'étais un peu embrouillé avec eux. Ensuite, nous avons beaucoup parlé ensemble, j'allais souvent les voir et nous sommes devenus amis. J'ai aussi compris à ce moment-là à quel point ils « galèrent », notamment pour les déplacements. Ils me racontaient leurs problèmes et je voyais à quel point ils ne lâchaient rien pour la Paillade. Ils ont toujours été là et ils seront toujours là et je tenais à les remercier pour ça.
Concernant le Président Laurent Nicollin, je trouve qu'il fait du très, très bon travail et je souhaite qu'il continue comme ça. Il faut bien se rendre compte que depuis quelques années, le MHSC franchit à chaque fois un palier supplémentaire. Je suis très content pour Laurent, très content pour le club et j'espère que ça va continuer comme ça et que le MHSC va encore évoluer positivement. Montpellier, c'est ma maison. Quand j'ai besoin de me ressourcer, je viens dans cette ville car vous savez à quel point j’y suis attaché.

LE QUIZZ D’ABDÉ
Son meilleur souvenir l'année du titre : « La fête sur la place de La Comédie. Il y avait tout ce qu'il fallait. »
Le match le plus fou : « La victoire contre Lille à la maison lors de l'avant-dernière journée » (1-0)
Le match le plus difficile : « L'aller n'avait pas été facile non plus avec une grosse défaite (2-4), mais je pense d'abord au match retour contre Evian où c'était un peu parti en vrille à la fin » (2-2)
Le match où il a commencé à croire au titre : « Six ou sept matchs avant la fin, nous avions eu une discussion avec Mapou (Yanga-Mbiwa). Il m'avait dit : « Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu'on va être champion ». Je l'ai regardé et je lui ai répondu : « Franchement, je pense comme toi. » ça se sentait.
Une anecdote qu’il n'a jamais osé raconter : « J'en ai beaucoup que l'on ne peut pas raconter (éclat de rire). Ce n'est pas une anecdote mais je repense à la coiffure orange et bleue du Président Louis Nicollin. Ce jour-là, il m'avait franchement épaté. Jamais de la vie je pensais qu'il le ferait. Je savais qu'il en était capable mais, au fond de moi, je me disais : « Non, il ne va pas faire ça quand même ! » mais il a tenu sa parole. C'était énorme ! Quand je l'ai vu arriver, j'étais mort de rire. Au-delà de ça, depuis tout jeune, on l’aimait vraiment beaucoup. Il était toujours très attentionné avec nous. Quand il venait voir les jeunes, c'était la même chose. Tout le monde était logé à la même enseigne avec lui. Il avait un côté taquin mais toujours avec du respect. Il ne faut pas oublier Laurent qui était aussi très proche de nous. Il était toujours là, très gentil, prêt à nous aider pour qu'on soit dans les meilleures conditions possibles. C'était plus « notre grand frère ». Il se donnait déjà à fond pour le club et il continue de le faire aujourd'hui. Ce duo-là était vraiment magnifique. »


