Jean Fernandez : « Entraîneur, une vocation »

Samedi soir, Jean Fernandez va disputer son 600e match de Ligue 1 en tant qu’entraîneur. A cette occasion, il évoque sa carrière, l’évolution du métier et bien sûr son nouveau défi avec le MHSC dans un entretien vérité. Rencontre avec un vrai passionné.

Jean Fernandez, quel effet cela vous fait-il d’atteindre la barre des 600 matchs dirigés en L1 ?
Je n’aurais jamais imaginé atteindre un tel chiffre. C’est une fierté de durer dans ce métier difficile et je me dis que ce n’est pas fini car j’ai encore la passion et beaucoup d’enthousiasme.

 

Quand avez-vous décidé de devenir entraîneur ?
J’ai toujours été passionné par le foot. Dès l’âge de 20 ans, je savais déjà que je voulais devenir entraîneur. Pour moi c’était une vocation. Joueur, je m’intéressais déjà aux entraînements, au travail physique, au travail tactique. Dès que j’avais du temps, je partais à l’étranger pour faire des stages et apprendre. J’ai eu ma première aventure dans ce métier à Cannes dans les années 80. J’étais encore joueur, et à un moment donné, l’entraîneur principal Jean-Marc Guillou et son adjoint Arsène Wenger sont partis. Les dirigeants cannois m’ont proposé de prendre l’équipe et j’ai accepté. La première année a été difficile et la seconde nous sommes montés en Ligue 1.

 

Vous souvenez-vous de votre première d’entraîneur en Ligue 1 ?
On venait de monter avec Cannes et on recevait l’AJ Auxerre de Boli et Cantona pour notre 1er match. Je me souviens d’une anecdote : l’intendant avait préparé des ballons pour l’échauffement des Auxerrois qui étaient tous trop gonflés, on aurait dit des pierres ! Je ne m’en étais pas rendu compte… Guy Roux était venu me voir avant le match, il était furieux. Je lui ai dit que c’était une erreur et lui ai donné des ballons neufs. On avait fait 0-0.

 

Quel regard portez-vous sur votre carrière d’entraîneur ?
On peut toujours faire mieux, c’est certain… Mais quand je vois d’où je pars… Mes parents sont arrivés d’Algérie en 1962, j’ai perdu mon père à l’âge de 20 ans, j’étais programmé pour être mareyeur… et je suis quand même passé pro. Même si j’étais un joueur modeste, c’était déjà une fierté. Pour revenir à mon parcours d’entraîneur, je reste persuadé que le football c’est l’école de l’humilité : Les acteurs, ce sont les joueurs ; Ce sont eux qui gagnent et ce sont eux qui perdent. Si j’ai eu la chance d’atteindre mes objectifs, c’est grâce aux joueurs. J’ai vécu de magnifiques moments grâce à eux. Après, ma plus grande fierté c’est de me dire que partout où je suis passé que ce soit en France, en Tunisie ou en Arabie Saoudite j’ai toujours atteint mes objectifs sur le plan professionnel et j’ai toujours tissé un lien affectif très important avec les gens avec qui j’ai travaillé. Mon seul échec c’est Nancy. C’est mon plus mauvais souvenir. J’ai fait une erreur d’aller là-bas et aujourd’hui j’ai impression qu’on juge 30 ans de carrière sur deux mois extrêmement compliqués à Nancy… C’est la vie, je l’accepte et de toute façon je sais très bien qu’il m’est impossible de me justifier. Malgré tout, quand je retourne partout où j’ai entraîné, je retrouve des gens que j’apprécie. Je suis un passionné, j’aime le foot, j’aime les gens, j’aime travailler dans la bonne humeur, construire quelque chose avec des gens passionnés et vivre des moments forts sur le plan sportif et sur le plan humain. Ça a toujours été ma ligne directrice Je suis heureux de ce que j’ai vécu et j’espère vivre encore de très bons moments.

 

Qu’est-ce qui a changé entre le métier d’entraîneur quand vous l’avez débuté et le métier d’entraîneur aujourd’hui ?
Les médias et les agents. Avant, il y avait une relation directe entre l’entraîneur et les joueurs, maintenant, elle est moins présente. C’est une évolution que je ne conteste pas mais qui a quelque peu changé le métier d’entraîneur.

 

Quelles sont vos impressions sur le MHSC que vous dirigez depuis cet été ?
Etant Biterrois c’est un club particulier pour moi. J’ai connu Montpellier à sa création et j’ai toujours regardé son évolution avec beaucoup d’attention. Je ne dis pas que j’étais programmé pour entraîner un jour Montpellier, mais c’était un souhait, et quand l’opportunité s’est présentée, j’ai dit oui tout de suite. Je suis dans un bon club avec des gens passionnés qui ont réussi à faire quelque chose d’extraordinaire de ce club et je m’y sens très bien. Je suis heureux d’être à Montpellier et il est évident que je vis mal le fait que nous ne soyons pas mieux classés dans ce championnat. J’aimerais tellement faire plaisir aux gens, aux supporters, aux dirigeants… Ce classement me procure beaucoup de frustration car je suis persuadé qu’avec les mêmes contenus de matchs, on pourrait avoir cinq points de plus. Il nous manque ce petit brin de réussite et de confiance mais si nous arrivons à battre Guingamp, ce que nous sommes capables de faire même si ce club fait un bon début de saison, cela peut être le début de quelque chose.

 

Justement, quel regard portez-vous sur le début de saison du MHSC ?
On est en reconstruction. On repart sur un nouveau cycle qui n’est pas facile car les gens ont encore l’image du titre de Champion et de la Ligue des Champions la saison dernière. Cela crée beaucoup d’attente autour de l’équipe et génère beaucoup de critiques mais quand on voit le contenu des matchs notamment celui des dernières rencontres à domicile, je suis assez confiant. Cette équipe est de qualité, nous nous sommes fixés de finir dans les 10 premiers je suis convaincu qu’on y arrivera.

 

Quel message aimeriez-vous faire passer aux supporters du MHSC ?
Je leur demande un peu de patience même si je sais que c’est compliqué pour eux. Je veux qu’ils sachent que du matin au soir, je n’ai qu’une idée en tête c’est faire de Montpellier une équipe compétitive pour que nos supporters prennent du plaisir à la voir jouer et qu’ils en soient fiers.

 

Objectif 700e match en L1 ?
J’ai encore beaucoup d’énergie, d’enthousiasme et je prends toujours autant de plaisir à entraîner alors pourquoi pas 700 matchs en L1 ? Mais le mieux, ce serait d’atteindre ce chiffre avec Montpellier. Ça ce serait super !

 

600 matchs et des stats

Né le 8 octobre 1954 à Mostaganem, Jean Fernandez a quitté l’Algérie avec ses parents en 1962 pour s’installer à Cers, près de Béziers. C’est d’ailleurs là qu’il a tapé ses premiers ballons avant de devenir professionnel à Marseille, Bordeaux et Cannes. Promu entraîneur du club azuréen en 1985, il mena le club en D1 deux ans plus tard et dirigea sa première rencontre dans l’Elite le 18 juillet 1987 contre l’AJ Auxerre (0-0). Ce soir, il dirigera son 600e match en Ligue 1. Parmi les techniciens actuels du championnat de France, il devance Elie Baup (499) et Claude Puel (476). Seuls 5 entraîneurs ont dirigé davantage de matches de Ligue 1 que lui : Guy Roux (895), Kader Firoud (782), Albert Batteux (658), José Arribas (654), Louis Dugauguez (631). En plus d’expériences au Moyen-Orient (où il a remporté de nombreux titres) et en Tunisie où il a dirigé l’Etoile du Sahel et lancé de nombreux joueurs d’une génération qui a ensuite fait les beaux jours des Aigles de Carthage (vainqueurs de la Coupe d’Afrique des Nations en 2004), Jean Fernandez a dirigé 9 clubs en L1, record du championnat de France : Cannes (114 matches, 1985-1990), Nice (21 matches, 1990), Marseille (14 matches, 1992 ; 38 matches, 2005/06), Lille (42 matches, 1994/95), Sochaux (34 matches, 1999-2002), Metz (76 matches, 2002-2005), Auxerre (190 matches, 2006-2011), Nancy (57 matches, 2011-2013), Montpellier (13 matches, 2013-). Le Havre et Troyes sont les deux clubs contre lesquels il a dirigé le plus de matchs sans jamais s’incliner (7). Vient ensuite Guingamp, son adversaire de ce soir avec 0 défaite en 4 matches face à l’EAG. Nice est le club contre lequel il a remporté le plus de matchs de L1 : 13 (en 28 confrontations). Sa plus large victoire en L1 : 6-0 contre Nancy au Vélodrome le 15 avril 2006 (lorsqu’il était avec l’OM). Sa plus large défaite en L1 : 0-5 contre Grenoble au Stade des Alpes le 6 février 2010 (lorsqu’il était avec Auxerre). Sa plus longue série de victoires en L1 : 7 matches d’affilée avec Auxerre (septembre-novembre 2009). Benoît Pedretti est le joueur qui a disputé le plus de matchs de L1 sous Jean Fernandez (187), devant Daniel Niculae (161) et Stéphane Grichting (146). (avec OPTA)

 

 

 

 

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