Louis Nicollin, Président-fondateur

Louis Nicollin a fondé le club en 1974 et l’a mené de la DH jusqu’au titre de champion de France en 2012 puis à la Ligue des Champions l’année suivante. Personnage à part, attachant et visionnaire, il a également misé sur la formation pour pérenniser son club au plus haut niveau et a été le premier Président à créer la section féminine d’un club professionnel. Retour sur l’itinéraire d’un homme d’exception décédé le 29 juin 2017, jour de ses 74 ans.  

Né à Valence le 29 juin 1943, Louis Nicollin a grandi à Saint-Paul-lès-Romans, pas très loin de la capitale drômoise. « Mes parents bossaient beaucoup et c’est surtout ma grand-mère maternelle qui s’occupait de moi, racontait le Président montpelliérain lorsqu’on évoquait sa jeunesse. Ça a été le cas jusqu’à l’âge de 7-8 ans ». Ses parents justement étaient marchands de charbon. « Il fallait balancer les boulets pour les peser, tenir le sac puis le vider… C’était pas de la tarte, c’était vraiment dur », se souvenait-il. Et puis le destin les a fait changer de voie. Lyon doit faire face à une grève des ordures ménagères et le Maire d’alors Edouard Herriot avait choisi de louer des camions pour effectuer le ramassage dont celui de Marcel Nicollin, le père de Louis. « Mon père était au volant de ce camion et Edouard Herriot l’a arrêté en lui disant : ‘‘Vous direz merci à votre patron de nous avoir loué son camion.’’ Mon père lui a répondu, ‘‘Mais c’est moi le patron’’. Tout est parti de là, quinze jours après, il avait les marchés des ordures de la Ville de Lyon. C’était un vrai coup de chance car des camions il y en avait beaucoup ce jour-là… A mon avis, dans la vie, on a toujours un jour de chance… Il faut juste savoir la saisir », avouait-il. Voilà l’entreprise Nicollin lancée dans le ramassage des ordures. De son côté, Louis Nicollin, scolarisé au Cours Pascal a poursuivi tranquillement ses études. « Je m’en foutais de l’école, rigolait-t-il. J’ai été bête d’ailleurs… J’aurais pu devenir ingénieur car j’étais très fort en maths… Par contre le français, Chateaubriand tout ça, ce n’était pas mon truc. »

Un amour modéré pour les études n’a pas empêché Louis Nicollin de devenir l’un des plus grands chefs d’entreprise de l’Hexagone. Après avoir pris la suite de son père, il a su développer et faire prospérer l’entreprise familiale. Sous son impulsion, le groupe éponyme est devenu l’un des plus puissants dans son secteur d’activité « Il savait mener les autres dans son sillage » dixit son ami Gilbert Varlot.

 

Enfant DU STADE Gerland devenu Père de La Paillade

Louis Nicollin côté foot, c’est l’histoire d’une passion fusionnelle démarrée à Lyon, le club de son enfance. « Le dimanche j’allais voir l’Olympique Lyonnais parce que j’avais des copains qui y jouaient, racontait-il. Jimmy Pistilli qui était un grand espoir de l’OL était au Cours Pascal avec moi, tout comme Jean Dumas qui a joué jusqu’en 1965 avant de se faire briser la jambe et malheureusement il n’a pas pu continuer… » et bien sûr Robert Nouzaret qui était lui à l’école de la Martinière, juste à côté du Cours Pascal. « C’est grâce à eux que j’ai connu Fleury Di Nallo, lui il sortait de la cité de Gerland. Malheureusement il n’allait pas à l’école, mais il était sacrément doué au ballon ». Une sacrée belle époque. « Eux ils étaient pros et moi pendant les vacances scolaires je ramassais les poubelles. C’était moins marrant mais enfin c’était comme ça », lançait le boss montpelliérain avec un brin de nostalgie.

Son premier match de foot, Louis Nicollin aimait le raconter et s’en souvenait comme si c’était la veille. « C’était un Lyon - Troyes à Gerland en 1955. J’avais 12 ans. Quinze jours avant, il y avait eu Lyon-Racing et M. Varlot, le père de mon ami Gilbert, devait m’emmener mais bon, ma mère ne voulait pas qu’on aille à pied jusqu’à Gerland, elle se faisait du souci… Finalement, mes parents m’avaient donc donné l’autorisation d’aller au match contre Troyes ». Ce soir-là, l’OL s’était imposé 2-0 grâce à des buts de ses deux Suédois Hjalmarsson et Jensen. « Lyon avait une sacrée équipe. Il y avait Schultz l’avant-centre, Fatton le Suisse, Pelevert, Ninho, Antonelle, André Lerond, Duval dans les buts... Toute la fameuse époque de 1955 à 1960… , se souvenait Louis Nicollin. Après 1960, c’était différent. J’étais constamment avec eux parce que c’étaient des copains ».

Il était évidemment impossible d’évoquer l’enfance footballistique de Louis Nicollin sans aborder les derbies face à Saint-Etienne. « Mon premier derby, c’était en 1957. Lyon avait gagné 1-0 à Geoffroy-Guichard, but de Ninel » Alors Président, c’était spécial un derby ? : « Pardi ! Quand j’étais gamin, les derbies c’était quelque chose. On partait en voiture avec M. Varlot à Geoffroy Guichard… à peine tu traversais Saint Chamond que ça commençait déjà à chambrer ! Remarque on faisait pareil au retour… Si Lyon gagnait. Ce n’était pas de la haine, car je n’ai rien contre les Stéphanois mais bon, dans le foot un derby c’est un derby. Il valait mieux gagner ! »

Quand on évoquait ses premières idoles, Louis Nicollin répondait sans hésiter « André Lerond ! J’étais d’ailleurs très malheureux quand il est parti au Stade Français. Je me souviens que, la première année où il est revenu jouer à Gerland, l’OL avait perdu 7-1. J’en étais malade... Franchement, quand je me souviens comment j’étais gamin, je me mets à la place des garçons qui supportent Montpellier. Quand ils voient La Paillade perdre, ils doivent être très malheureux. »

De la DH au titre de champion de France de Ligue 1

La Paillade, nous y voilà ! L’histoire de sa vie, la « fille qu’il n’a jamais eue » comme il disait. Débarqué à Montpellier en 1967, ce n’est que 10 ans plus tard, à la mort de son père, que Louis Nicollin a repris l’entreprise familiale. Entre temps, lui le spectateur fidèle de Gerland avait choisi de devenir acteur du football en créant le Montpellier Paillade SC, en novembre 1974. Une décision pas franchement prévue au départ. « J’étais l’homme le plus heureux du monde. J’avais mon club de corpo, mon pote Bernard Gasset connaissait tous les joueurs du coin et comme à l’époque on avait le droit de jouer en double licence, on avait recruté plein de joueurs de Sète et d’Alès… On passait des grands moments, se souvenait Louis Nicollin. Et puis, à l’époque un journaliste de Midi Libre, Carlo Llorens insistait pour qu’on fusionne avec le club de La Paillade qui était dernier de DH… A force d’insister, il a fini par nous convaincre et on a abandonné d’un coup tout le corpo et toute l’équipe est passée dans le civil. On avait une belle équipe mais enfin… Je me souviens qu’avant notre premier match, on avait 12 points de retard sur l’avant dernier et 14 sur le premier non relégable » (la fusion a eu lieu en novembre 1974, en plein milieu de la saison NDLR).

Finalement, l’incroyable pari a été tenu et La Paillade s’est maintenue en DH. Dès l’année suivante, Louis Nicollin a fait venir Augé, Calmette et un certain Fleury Di Nallo. D’autres anciens Lyonnais ont bien entendu suivi dont Robert Nouzaret, devenu entraîneur du club montpelliérain dès 1976. « Ils avaient mon âge, on était pote et franchement, quand je les payais à la fin du mois, ça me faisait tout drôle, s’amusait Louis Nicollin. Mais il y avait un état d’esprit terrible. Quand il fallait aller à Paulhan, à Millau, à Agde, c’était dur… Parfois en voyant l’état de certaines pelouses, Fleury Di Nallo devenait bleu ! Ça a été dur mais on a fini par monter. Ce qu’il y a de dommage, c’est que Combin est parti à Hyères. J’aurais aimé qu’il soit là. Nestor faisait partie de mes idoles lui aussi.» Puis peu à peu, La Paillade a gravi les échelons pour accéder une première fois à la D1 en 1980, puis une seconde, durablement cette fois en 1987. « Jamais je n’aurai pensé qu’un jour on irait au Parc des Princes ou à Gerland… mais je le dois beaucoup à mon ami Bernard Gasset ».

Avec la montée en D2 puis en D1 vinrent les premières confrontations avec l’Olympique Lyonnais qu’il supportait durant sa jeunesse. Deux de ces rendez-vous face à l’OL ont profondément marqué le Président du MHSC. « Je m’en souviens d’un en Coupe de France. Bernard Ducuing était notre capitaine. On avait perdu à Lyon un peu contre le cours du jeu et on avait gagné au match retour. C’était Jacquet l’entraîneur à l’époque… En face il y avait Chiesa, Jodar… Mais on était passé ! »

Et puis il y a bien évidemment eu cet inoubliable match de la montée en 1987. Cette année-là, Montpellier et Lyon étaient à la lutte pour l’accession en D1 et se rencontraient lors de l’ultime journée dans un match décisif pour la montée en D1. « C’était piquant parce que Robert Nouzaret entraînait Lyon, se souvenait Louis Nicollin. Au match aller, en début de saison, on en avait pris 4 j’étais enragé ! Au retour, Joël Quiniou (l’arbitre) avait expulsé Baills à la mi-temps… Mais on avait quand même gagné 3-1.»

HOMME D’HONNEUR

Depuis, il y a eu des moments de joie, d’autres plus compliqués, mais Louis Nicollin a bâti « sa » Paillade pierre par pierre. Cette « fille qu’il n’a jamais eue » comme il le disait régulièrement a occupé ses jours et ses nuits sans discontinuer. Il a façonné le club jusqu’à le mener à son graal : remporter la Coupe de France (1990) mais surtout le titre de champion de France en 2012, un soir de liesse à Auxerre avant de fréquenter le gratin européen la saison suivante. Une récompense pour un homme fidèle et dévoué qui a énormément apporté au sport montpelliérain et à l’Occitanie dans son ensemble. Le MHSC, le Président Louis Nicollin l’a façonné à son image : travailleur, familial et sans chichis « Moi je travaille dans les poubelles » disait-il le sourire en coin comme pour rappeler qu’il n’oubliait jamais d’où il venait.

Des valeurs humaines et de bâtisseur qui l’ont notamment poussé à être un des premiers Présidents de club à miser sur la formation pour assurer la pérennité de ce qu’il avait construit. Un côté visionnaire et des valeurs qui poussent à parler de l’homme : Jovial, franc et sincère. Toutes celles et ceux qui l’ont connu vous le diront : Louis Nicollin c’était affection, gentillesse et simplicité. Derrière le grand chef d’entreprise se cachait un homme pudique mais au grand cœur, qui aimait être entouré des siens, et qui a souvent tendu la main à ceux qui en avaient besoin. « Tu volais souvent au secours du plus faible, tu détestais l’injustice », a rappelé Gilbert Varlot lors de ses obsèques dans une cathédrale de Montpellier bondée pour lui rendre un dernier hommage.

Il y aurait des dizaines, des centaines de lignes à écrire mais que dire de plus ? Depuis ce 29 juin 2017, la tristesse est immense et plus rien ne sera jamais comme avant. Au-delà du chef d’entreprise et du Président de club, c’est avant tout un grand homme qui s’en est allé le jour de ses 74 ans… 74, comme l’année de création du MHSC auquel il a tant donné. Symbole de cet attachement indéfectible qui le lie à son club pour toujours. Louis Nicollin incarnait l’Esprit Paillade et cet esprit ne nous quittera jamais. Comme lui qui restera toujours dans nos cœurs.